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 évolution des idées et des connaissances

 

En régions tempérées, les efflorescences algales ont longtemps été considérées comme naturellement liées aux cycles saisonniers et principalement associées aux " blooms " printanier et automnal des Diatomées. Puis, les eaux rouges ou d’autres phénomènes modifiant sensiblement la couleur des eaux littorales ont été associés à des notions de danger ou de toxicité, car souvent dus à des efflorescences de Dinoflagellés. Dans les collections d’eau continentales, l’eutrophisation a entraîné l’apparition de plus en plus fréquente de fortes biomasses de Chlorophycées ou de Cyanobactéries, dont certaines espèces toxiques.

Dans les pays industrialisés, les risques économiques et sanitaires liés aux efflorescences d’algues nuisibles ont suscité un grand nombre de travaux. Ces dernières années, des Réseaux d’Observation (IFREMER-REPHY en France), des Programmes Nationaux, comme le Programme National Efflorescences Algales Toxiques ou aux USA (Ecology and Oceanography of HAB ; HAB Forecast Project) et des Actions Internationales sur les "Harmful Algal Blooms " (Working Group on HAB Dynamics, ICES/IOC) se sont mis en place. De nombreux milieux à salinité variable mais aussi des sites lacustres abritant des piscicultures ou des conchylicultures font l’objet d’une surveillance écologique visant à arrêter leur exploitation en cas d’alerte. L'un des objectifs majeurs de ces réseaux concerne la prédiction de l'apparition des efflorescences algales, qu’elles soient toxiques ou pas.

Différents facteurs (conditions météorologiques, turbulence, transparence de l’eau et concentrations en nutriments), considérés comme pouvant influencer l'apparition des efflorescences, sont souvent étudiés. Mais cette approche globale a généralement été conduite à l’échelle des écosystèmes et des communautés phytoplanctoniques. La compréhension des processus à l’échelle des espèces, voire de la cellule, aujourd’hui reconnus comme essentiels pour élucider le déterminisme des efflorescences, est le plus souvent négligée.

Ainsi, les études actuelles insistent sur l’histoire lumineuse vécue par les algues, sur les alternances de conditions de stabilité et d’instabilité verticale, sur la disponibilité en CO2 ou en éléments trace et sur les modalités de l’enrichissement en éléments nutritifs. Pour ce dernier processus, l’intérêt porte sur la minéralisation microbienne et sur les apports diffus, mais continus à l’interface eau-sédiment, qui dépendent des conditions hydrochimiques locales, de l’hydrodynamisme et de la bioturbation. Les apports massifs liés à des phénomènes événementiels apparaissent de plus en plus déterminants, qu’ils soient d’origine naturelle ou anthropique. Ils surviennent lors d’événements hydrologiques (polymictisme ou déstratification saisonnière, crue, hydrodynamisme lié aux vents forts). Enfin, l’importance des apports atmosphériques est soulignée, lors des précipitations ou par transport particulaire. En milieu tropical, ces processus s’inscrivent en outre dans le contexte d’une importante variabilité interannuelle des précipitations.

Des recherches sur le déterminisme des efflorescences ont débouché sur l’étude des effets de stress d’origine anthropique, tel l'augmentation des concentrations en nutriments par les rejets ou l'altération de la structure trophique par la pêche. Le déséquilibre lié aux efflorescences se propageant au sein des réseaux trophiques, des travaux récents insistent sur la complexité des interactions entre phytoplancton et zooplancton et modulent les prédictions de la théorie des cascades trophiques. L’inadéquation entre les tailles des algues et celles des brouteurs dominants ou une forte pression de prédation sur les brouteurs, peuvent expliquer une prolifération algale, même si le fourrage phytoplanctonique disponible est digestible et consommable. A l'inverse, une efflorescence d’algues non consommables sera peu influencée par la présence de brouteurs. En outre, l’efficacité avec laquelle la matière organique est transférée vers les niveaux supérieurs dépend du différentiel de vitesse de croissance entre algues et brouteurs, ce qui contribue à expliquer le décalage temporel dans le contrôle des efflorescences.

Enfin, l’étude des algues toxiques connaît un développement considérable, avec focalisation sur la relation entre qualité de l'eau et santé humaine. L’expansion du nombre de ces travaux est associée à la multiplication des crises dystrophiques ; elle est aussi liée à la prise de conscience des effets de la toxicité, elle-même facilitée par l’amélioration des techniques analytiques et des moyens de communication. Les investigations se limitent souvent à l'identification des toxines, sans rechercher si le déterminisme de l’efflorescence est contrôlé par l’environnement des cellules ou par des facteurs génétiques.

Il y a maintenant une forte attente sociétale vis à vis des systèmes où l’homme intervient, soit en les exploitant, soit en les aménageant. Tout un secteur de la recherche dans les pays du Nord s’intéresse aux mesures préventives ou curatives pour limiter les conséquences des efflorescences, s’appuyant elles-mêmes sur des études portant sur l’origine du phénomène. Toutefois, et même si les conséquences sur les sociétés du Sud ne sont pas moins grandes que sur celles du Nord, peu d’études concernent les pays en voie de développement (moins de 5% des références ASFA 1988-1999 sur les efflorescences portent sur les pays tropicaux). Ces types de travaux sont très fragmentaires en Afrique, sauf au Maroc et en Afrique du Sud.

 

 

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