Originalité
Les efflorescences algales, et en particulier leur
déterminisme, sont encore mal connues dans les pays développés, où
pourtant de gros efforts de recherche sont consentis pour leur contrôle.
Dans les pays en voie de développement, elles sont souvent négligées par
les utilisateurs et ignorées par les gestionnaires. De ce fait, ces
proliférations réduisent les rendements halieutiques, handicapent les
projets piscicoles, diminuent l’efficacité des traitements de l’eau et
aggravent l’état sanitaire du bétail et des populations. En bref, elles
contrarient nombre des projets de développement sur l’utilisation des
plans d’eau dans de nombreux pays situés en zone tropicale. L’insuffisance
flagrante de connaissances sur les efflorescences algales dans ces pays et
la difficulté d’y appliquer celles acquises dans les régions tempérées en
raison des spécificités tropicales, sont parmi les principales
justifications du projet.
Une des originalités de la démarche présentée est de
s’intéresser d’emblée à l’échelle régionale qui est également celle des
opérations de développement. En outre, le projet est basé sur une approche
intégrée, partant de l’inventaire régional, passant par l’exploration sur
le terrain et l’expérimental au laboratoire, pour déboucher sur la
modélisation et aboutir à des propositions de gestion ou d’aménagement à
l’échelle régionale. Cette démarche est permise par :
l’emboîtement des échelles (télédétection ® étude comparative au niveau d’une région ® travaux analytiques à l’échelle d’un écosystème
® approche expérimentale à l’échelle d’une
population ® analyse biomoléculaire à l’échelle
d’une cellule ® modélisation
intégratrice)
;
le rassemblement d’écologistes, d’expérimentateurs et
de modélisateurs, associant des scientifiques français de l’IRD, de
l’INRA, du CNRS, du MNHN et des Universités de Montpellier II et Paris 7
et des chercheurs de plusieurs Instituts de Recherche (CRO et CNRA en
Côte d’Ivoire, IER et ISFRA au Mali, ISRA au Sénégal) et d’Universités
du Sud (Bamako, Dakar et Nouakchott).
La constitution de l’UR valorise l’expérience acquise antérieurement par
l’IRD sur la plupart des sites d’étude proposés. Conçu au départ comme une
étude comparative de différents systèmes aquatiques tropicaux peu
profonds, le projet va permettre la constitution d’une base de données
hydrobiologiques homogènes sur 12 sites, unique en Afrique de l’Ouest.
Mais le programme se veut maintenant plus ambitieux, intégrant
simultanément d’autres thèmes novateurs pour expliquer les mécanismes
d’apparition et de contrôle des efflorescences :
- le rôle des énergies auxiliaires (vents, marées), des
conditions hydrologiques et hydrodynamiques dans la régulation du
développement des algues ;
- le suivi en temps réel de l’extension
spatio-temporelle des efflorescences à l’aide de l’outil satellitaire
;
- l’origine, les flux et la disponibilité en nutriments,
comme éléments-clé de la régulation de type ascendant ;
- le rôle du zooplancton et des poissons dans le
contrôle trophique de type descendant des efflorescences ;
- la définition de valeurs-seuil (lumière et éléments
nutritifs en particulier) en rapport avec la croissance des espèces
efflorescentes ;
- la toxicité de certaines espèces, son déterminisme,
son rôle dans les compétitions inter-spécifiques et son transfert
possible dans la chaîne trophique ;
- la caractérisation génétique d’espèces efflorescentes
toxiques et le déterminisme génétique de cette toxicité.
Ce projet d’écologie aquatique affiche une
multidisciplinarité certaine, parce qu’elle est nécessaire à la résolution
des questions d’environnement applicables au développement. Dans le même
temps, la démarche proposée évite le risque de la dispersion en posant
pour chaque discipline des questions relatives à un objet unique : les
efflorescences algales.
Une telle convergence, appliquée à l’étude de différents
types de milieux tropicaux, va donc permettre de mieux comprendre
l’origine, la dynamique et les conséquences des efflorescences qui s’y
développent. La généralisation et la formalisation de ces connaissances
permettra d’établir des comparaisons avec les systèmes tempérés et
contribuera à l’élaboration de modèles conceptuels globaux, intégrant les
gradients entre systèmes tempérés et tropicaux. Les connaissances acquises
sur les milieux aquatiques tropicaux bénéficieront donc à la connaissance
et à la maîtrise des efflorescences en milieux tempérés. Cela explique et
justifie l’adhésion au projet de plusieurs équipes métropolitaines. La
participation à des études centrées sur un objectif commun de chercheurs
et étudiants sénégalais, mauritaniens, maliens et ivoiriens contribuera à
structurer cette communauté scientifique africaine sur une base
régionale.
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