Un milliard de personnes tributaires du poisson dans le monde
Des années de " pêche miraculeuse " à l'effondrement des stocks
Le retour à un état initial peu probable | Les impacts de la pêche sur l'ensemble de l'écosystème marin | Une diminution inquiétante de
la taille des poissons | Dynamique des systèmes d'exploitation | Vers une pêche responsable et durable | Le Centre de Recherche Halieutique méditerranéenne et tropicale
Vers une pêche responsable et durable
Il est urgent de mettre en place des mesures de
gestion qui prennent en compte les impacts de la pêche sur
le fonctionnement des écosystèmes. Les pratiques actuelles
de la pêche, trop souvent issues d’une vision à
court terme de rentabilité économique, hypothèquent
non seulement l’avenir des populations et écosystèmes
marins mais également celui du secteur de la pêche
à moyen terme.
Dans un objectif d’incitation à une démarche
de précaution et dans un véritable effort de construction
de la pêche de demain, la FAO (Organisation des Nations Unies
pour l’Alimentation et l’Agriculture) a jeté
les bases d’une « Approche Ecosystémique
des Pêches ». En établissant le code de
conduite pour des pêches responsables en 1995, une dimension
nouvelle apparaît avec le principe de précaution appliqué
aux pêcheries. Il s’agit en l’occurrence d’une
tentative affichée de réconcilier conservation et
exploitation. Il ne s’agit pas de rejeter l’activité
de pêche en tant que telle mais de responsabiliser les pêcheurs
et instances décisionnelles dans l’exploitation des
ressources renouvelables marines. Les activités de l’exploitation
ne sont alors plus considérées comme isolées
de leur contexte qu’est l’écosystème.
La déclaration de Reykjavik en 2001, qui a ensuite été
avalisée durant le Sommet Mondial sur le Développement
Durable à Johannesburg en 2002, demande aux Etats de fonder
leur politique d’exploitation des ressources marines sur des
approches écosystémiques. Un cadre international et
un agenda sont désormais fixés pour lequel des objectifs
de la conservation et de l’exploitation existent.
Pour les scientifiques, un des enjeux est de mieux quantifier les
effets de la pêche sur les écosystèmes. De nombreuses
lacunes persistent encore dans ce domaine, car ce n’est que
récemment que l’effort de recherche est porté
sur le fonctionnement des écosystèmes dans leur ensemble.
Une voie de recherche possible est d’élaborer et de
proposer des indicateurs écosystémiques des pêches
dans un objectif d’établir une véritable fiche
de santé des écosystèmes marins et ainsi de
mieux communiquer les connaissances scientifiques aux sphères
décisionnelles de la gestion des pêches. L’utilisation
de ces indicateurs a été discutée lors d’un symposium international en avril 2004 à l’Unesco, à
Paris, qui a réuni plus de 250 chercheurs de 53 pays. Cette
conférence a permis de faire un bilan des connaissances sur
ce sujet et de jeter les bases des recherches futures à engager
afin d’affiner les diagnostics de l’état de santé
des écosystèmes marins mondiaux. Reste à savoir
si les gouvernements intègreront la responsabilisation des
pêcheries, prônée par la FAO, dans leur législation
à l’heure où une gestion responsable et précautionneuse
de la pêche est un minimum requis pour assurer la viabilité
de la ressource et de son exploitation. Si, faute de ressources,
les pêches maritimes ne veulent pas devenir une activité
ludique à l’instar de la chasse, il faudra réduire
le nombre de bateaux et leur activité, reconstituer les nombreux
stocks de poissons qui se sont effondrés et réconcilier
conservation et exploitation, c’est-à-dire rendre les
pêcheries plus respectueuses de leur environnement.