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Un sentiment de "gâchis urbain"

A Bamako, l'urbanisme est mis en œuvre par à-coups. Ainsi, dans les années 1970, une série de lotissements périphériques ont été développés afin de bloquer la progression " spontanée " ; après la transition politique de 1992 les autorités ont lancé un programme spécial de régularisation de 25 quartiers irréguliers reprenant des initiatives ponctuelles du régime précédent. Ce programme a cependant été bloqué dans sa mise en œuvre par les élections de 1997-1998.
L'urbanisme malien manque de moyens et dépend des financements internationaux. Les cadres et les outils de la planification urbaine sont peu appliqués et fréquemment biaisés. Les normes techniques, juridiques et financières du lotissement sont souvent contournées voire détournées au sein même de la ville administrée. Toutefois, elles diffusent de réels standards dans la ville officieuse : géométrisation de la morphologie, réduction de la taille des parcelles, servitudes négociées pour les équipements, rôle du titre d'occupation à transmettre aux héritiers ou aux acheteurs, etc. L'opposition régulier /irrégulier est donc souvent brouillée.
Malgré des agences et des programmes ayant vocation d'intervention systématique, la gestion de Bamako sous la Troisième république malienne n'échappe pas aux négociations locales, communales et de quartiers, aux compromis et aux arbitrages passés à une échelle fine, difficilement reproductibles dans l'espace et dans le temps. Le clientélisme foncier se recompose du régime de parti unique au régime pluraliste, laissant le sentiment de " gâchis urbain " durable. Les facteurs d'unification des mécanismes de production de la ville (diffusion du marché locatif et de la spéculation foncière, première verticalisation du bâti) relèvent plus des pratiques citadines que des politiques urbaines.
A l'égard des quartiers irréguliers, les pouvoirs publics maliens ont constamment fait alterner des opérations de répression (déguerpissements et démolitions), des mesures tacites de reconnaissance (mise en place de comités politiques dans les extensions " spontanées "), des actions de régularisation (sécurisation foncière plus que véritable réhabilitation).
Enfin, les pouvoirs publics conservent encore les monopoles de l'eau, de l'électricité et du téléphone, mais cèdent sous la pression des mauvaises gestions dans la ville lotie, des bailleurs de fonds et des politiques libérales en matière de services urbains, des slogans de décentralisation orchestrés par les communes, des initiatives privées et les ONG (multiplication des GIE de ramassage des ordures, centres de santé communautaires, écoles " de base ").

Contact auteur: Monique Bertrand
bertrand@mrsh.unicaen.fr

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