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L'homme apprend à dompter les virus
Depuis 1993, la communauté
scientifique se mobilise | De
graves lacunes dans le développement de vaccins | La
surveillance épidémiologique
en milieu tropical reste insuffisante | Le
travail des scientifiques reste fondamental | Faire
accepter de nouvelles espèces vaccinales
Le
concept de maladie virale émergente a été créé
en 1989 par des épidémiologistes américains
sous l’impulsion du prix Nobel de médecine Joshua Lederberg.
En dix ans, il a connu un réel succès, favorisé
par une série d’événements comme l’apparition
des virus Ebola, Hantaan et West Nile aux États-Unis, ainsi
que par diverses autres épidémies dévastatrices
dues à des virus nouveaux, dont le Coronavirus responsable
du SRAS. Si ces événements ont à la fois sensibilisé
les médias et le grand public, ils ont aussi rappelé
aux responsables de santé publique le cadre dans lequel s’inscrit
aujourd’hui le risque biologique dans nos sociétés.
Il était temps que la communauté scientifique évolue,
comme l’atteste l’anecdote qui suit. En 1983, une importante
épidémie de fièvre jaune se déclara
au Burkina Faso. Une équipe d’épidémiologistes
du centre Muraz, accompagnée d’entomologistes médicaux
de l’IRD se trouvait sur les lieux de l’épidémie.
Un grand nombre d’échantillons furent prélevés
et adressés pour des études virologiques aux instituts
Pasteur de Dakar et de Côte d’Ivoire, qui venaient justement
de mettre au point des techniques nouvelles de diagnostic de cette
virose. La somme d’informations recueillies au cours de cette
épidémie fut exceptionnelle. Plus de 5 000 sérums
furent testés et permirent de déterminer l’incidence
de la maladie. Alors que près de 30 000 personnes avaient
été infectées par le virus, la mortalité
relevée n’était que de 4 %. Antérieurement,
l’OMS considérait que la mortalité lors des
épidémies de fièvre jaune avoisinait 80 %.
En fait, jusqu’à cette épidémie, les
statistiques se référaient à la mortalité
observée dans les hôpitaux, qui ne notifiaient que
les cas graves. Les données virologiques obtenues au cours
de cette épidémie se révélèrent
d’un apport précieux : de nombreuses souches de virus
de la fièvre jaune furent isolées, aussi bien à
partir de prélèvements humains que de moustiques capturés
sur le terrain, et il fut possible pour la première fois
de connaître le taux d’infection des moustiques pendant
une épidémie (8 %). Enfin, sur le plan technique,
l’utilisation de lignées de cellules d’insectes
et les méthodes de capture d’antigènes dans
le sérum des malades, évaluées pour la première
fois, révolutionnèrent le diagnostic de cette virose,
mais aussi d’autres maladies virales, en particulier celles
dues aux infections par les Flavivirus. Il s’agissait de toute
évidence de l’épidémie de fièvre
jaune la mieux étudiée dans la longue histoire de
cette maladie.
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