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Intensification de la culture du maïs
et fièvre hémorragique d’Argentine
La fièvre hémorragique d'Argentine
(FHA) a été reconnue comme maladie nouvelle en 1953.
Elle sévissait sous forme endémique
dans un secteur des pampas de la province de Buenos Aires. Elle
s'étendit peu à peu aux provinces voisines. Le virus
responsable, un Arénavirus baptisé Junin ,
fut isolé en 1958. Son hôte réservoir est un
rat du genre Calomys. Ces rats vivaient dans les pampas
bien avant la colonisation humaine, et hébergeaient sans
doute le virus Junin. Pourquoi ne s'est-il pas manifesté
auparavant chez les humains ? Et pourquoi choisir ce moment,
alors qu'aucun événement n'avait en apparence bouleversé
l'environnement ?
Depuis un siècle, la culture du maïs entraînait
la disparition progressive de cette zone de pampa aux herbes sauvages.
Son rendement restait faible, à cause de la concurrence des
mauvaises herbes parasites. Après la Seconde Guerre mondiale,
l'utilisation d'herbicides favorisa la culture du maïs, ce
qui poussa à son extension et multiplia les populations de
rats. La fièvre hémorragique d’Argentine, jusque-là
silencieuse – ou peut-être endémique et
non remarquée –, devint épidémique.
Une moyenne de 15 000 cas de FHA fut dès lors notifiée
chaque année chez les travailleurs agricoles, avec un taux
de létalité
pouvant aller jusqu'à 30 %. Les épidémies
prirent même un second souffle quand l'introduction des moissonneuses
augmenta encore les risques pour les humains, en produisant des
aérosols avec les déjections infectées des
rongeurs, et en broyant et répandant les corps de ces derniers.
On a ainsi assisté en quelques années à l'apparition
et à l'évolution d'une fièvre hémorragique,
en relation avec les transformations de l'agriculture et l'augmentation
de la population de rongeurs. Mécanisation, dératisation,
protection des travailleurs ont par la suite modelé le profil
des épidémies. Il semble que l'incidence de la maladie
ait diminué aujourd'hui là où elle était
la plus forte ; mais elle s'étend en tache d'huile vers des
zones où elle était inconnue. On assiste à
une véritable évolution du profil épidémiologique
de la FHA. Pour quelles raisons ? La question des facteurs d’émergence
est cruciale dans le problème de l'apparition des maladies
nouvelles. Pour l’un des découvreurs de la FHA, le
docteur Maiztegui, des sous-populations de rongeurs, plus sensibles
et plus efficaces dans la transmission du virus, se déplaceraient
sous la pression et la concurrence d'autres rongeurs ou à
cause de facteurs non identifiés, allant porter la maladie
à la périphérie de la zone d'enzootie.
Que se passera-t-il quand la FHA atteindra à l'ouest, au
sortir de la pampa, la lisière forestière dans laquelle
la faune est si différente ? Que se passera-t-il au nord
quand elle atteindra les rives du rio de la Plata et du Parana ?
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