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Trois champs d’investigation empirique


Le projet de l’UR se propose de couvrir les principaux registres du changement institutionnel auquel sont confrontées ou que produisent les agricultures familiales dans le domaine foncier, tout en intégrant autour de l’approche acteurs / institutions les dimensions productives, idéologiques et politiques. Il se structure autour de trois grands champs empiriques : (i) Gouvernance foncière, politiques publiques, institutions et médiations sociales dans l'accès à la terre ; (ii) Processus de transformation des économies locales et dynamiques foncières ; (iii) Les dimensions intra-familiales et intergénérationnelles dans l’analyse des dynamiques foncières.


1- Gouvernance foncière, politiques publiques, institutions et médiations sociales dans l'accès à la terre


Du fait de l’enchâssement des dimensions productive, sociale, politique et idéologique du champ foncier, notre approche des politiques publiques, de la gouvernance et de la régulation dans le domaine foncier se focalise sur les faits de pluralisme et de médiations, incluant les normes, les institutions et les dispositifs, officiels ou non, formels ou informels, par lesquels des acteurs individuels ou collectifs contribuent à modeler les rapports sociaux ayant la terre et les ressources naturelles pour assise et pour enjeu. L’analyse se structure autour de trois objets :

2- Processus de transformation des économies locales et dynamiques foncières


La dynamique de "globalisation" des marchés et la transformation des formes d’intervention politique (en particulier la mise en œuvre des “nouvelles politiques du local” combinant des objectifs de développement social et de démocratisation sur le mode décentralisé) tendent à impulser une restructuration des systèmes d’activité et de l’organisation des familles rurales dans le sens d’une spécialisation productive agricole qui va fréquemment de paire avec la diversification des activités économiques familiales. Ce processus de “ tertiarisation ”, formelle et informelle, des économies familiales est de nature à remettre en question le caractère agraire des sociétés rurales : l’émergence de nouveaux enjeux économiques et l’intensification des phénomènes de mobilité postulent une révision des rapports des acteurs ruraux aux ressources foncières, ainsi que la redéfinition des fonctions et des valeurs associées aux biens et aux droits fonciers. Ces relations sont analysées à partir des entrées suivantes :

3- Les dimensions intra-familiales et intergénérationnelles dans l’analyse des dynamiques et des politiques foncières


Les dimensions intra-familiales et intergénérationnelles sont rarement abordées dans les travaux actuels sur la question foncière relativement à des questions aussi centrales que le contenu réel des droits sur la ressource et la dimension négociable, manipulable de ces droits. La dimension intra-familiale et intergénérationnelles de la question foncière est ici posée comme susceptible d’influer de façon déterminante sur le contenu des droits, leur transférabilité et leur sécurisation. Ce thème est exploré à partir des entrées suivantes :

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1- Gouvernance foncière, politiques publiques, institutions et médiations sociales dans l'accès à la terre

 

L'intervention publique comme arène de médiation entre champ foncier, champ politique et normes sociales

L'intervention publique apparaît comme une configuration privilégiée pour explorer empiriquement les processus et les agents de médiation entre champ foncier, champ politique et normes sociales. On cherche à apprécier dans l’histoire récente des différents pays et dans la mise en œuvre des réformes législatives le poids des différents facteurs associés à l’intervention publique dont l’influence, soit contribue à des changements structurels dans les arènes socio-foncières locales et nationales et à l’émergence d’organisations intermédiaires qui stabilisent le jeu et les droits fonciers, soit encourage la pérennisation de sentiers de dépendance, soit suscite une logique "d’empilement" des normes, des institutions et des organisations peu compatible avec un processus de stabilisation du jeu foncier et de sécurisation des droits ;

L’institution du tutorat et ses dynamiques

La relation de "tutorat foncier" correspond à une institution agraire générale aux sociétés paysannes africaines et s’insère dans le dispositif normatif caractéristique d’une économie morale tout en revêtant une dimension intrinsèquement clientéliste et politique. Présente dans la plupart des formes de transferts non marchands pratiqués sous forme de "prêts" et de "dons" à des étrangers aux communautés locales, l’institution du tutorat occupe une place beaucoup plus importante que l’achat-vente ou les formes purement contractuelles dans les transferts définitifs et temporaires de droits. L’analyse de l’institution du tutorat et l’analyse de sa dynamique constituent des points d’application privilégiée de notre approche de la gouvernance foncière dans le contexte contemporain de monétarisation de l’économie rurale, de forte mobilité des populations, d’intervention de l’État, et de politisation et d’ethnicisation de la question foncière.

Les régulations marchandes dans l'accès à la terre : émergence, dynamique et enchâssement social des marchés fonciers

Bien que la question des marchés de transfert définitif (achat-vente) et provisoire (contrats agraires) de droits sur la terre est devenue centrale dans la problématique du développement économique, l’analyse empirique des conditions d’émergence et de fonctionnement des marchés fonciers dans les pays du Sud reste à approfondir. Elle souffre en particulier d’une insuffisante prise en compte des dimensions sociales du fonctionnement du marché : rôle des réseaux, des relations clientélistes, de courtiers et d’intermédiaires, du "capital social". Elle tend également à négliger les processus à l’œuvre (le jeu effectif du "marché") et la question de la signification des transactions pour les parties prenantes (contenu des droits transférés lors d’une "vente", degré d’irréversibilité de la transaction…). Il s’agit donc d’explorer les conditions d'émergence et de développement des transactions foncières, ainsi que les phénomènes d'enchâssement social des marchés fonciers.

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2- Processus de transformation des économies locales et dynamiques foncières

 

Dynamiques foncières et dynamique des systèmes d'activité : les nouvelles fonctions économiques du foncier

Les familles rurales ont de plus en plus recours à l’intensification de la mobilité de leurs membres pour assurer le maintien de leurs revenus ou des conditions de reproduction élargie. Dans certains contextes régionaux, en particulier sur le chantier mexicain, des projets de développement social (lutte contre la pauvreté, équipement en infrastructures sociales, promotions de micro-entreprises informelles) constituent également des sources importantes de diversification des revenus et des activités familiales. Ces interventions conduisent à une réévaluation des enjeux fonciers en fonction des logiques de captation de ces ressources et à explorer empiriquement les fonctions économiques non directement productives associées au foncier dans le contexte de désagrarisation des économies domestiques.

Dynamiques foncières et dynamique des systèmes productifs agricoles

Au-delà des phénomènes de désagrarisation, les transformations des systèmes productifs agricoles connaissent une accélération sans précédent, du fait de l'émergence de nouvelles catégories de producteurs et de nouvelles techniques susceptibles de transformer les formes d'usage de la terre, les logiques d'accès à la terre, les structures et institutions foncières. Les dynamiques foncières sont ainsi examinées en référence aux recompositions des systèmes productifs, elles m associées à l’émergence de nouveaux acteurs (entrepreneurs agricoles, éleveurs, migrants, agents de l'administration, commerçants ou ressortissants urbains), à l’évolution de systèmes techniques (du fait des processus d'innovation technologique, de contraintes de marché, de contraintes démographiques, ou encore de l'introduction de plantes pérennes dans les systèmes de culture), ou à la mise en valeur de milieux jusqu'alors peu exploités.

Dynamique des institutions foncières liée à l'émergence de nouvelles catégories d’acteurs

L'ouverture des systèmes d'activité, le développement de la mobilité, l'individualisation des stratégies et pratiques économiques, ont une incidence directe sur l'émergence de nouvelles catégories de "porteurs d'intérêt" au sein des sphères domestique et villageoise : femmes, jeunes, migrants, "pauvres". Leur reconnaissance politique et surtout le poids économique que certaines de ces catégories acquièrent au sein des arènes locales, en tant qu’acteurs individuels ou collectifs (associations de migrants ou de femmes, etc.) ne sont pas sans incidence sur les dynamiques foncières. Le programme s’interroge en particulier sur l’incidence de ces phénomènes dans la mise en œuvre des programmes d’identification et d’enregistrement des droits fonciers.

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3- Les dimensions intra-familiales et intergénérationnelles dans l’analyse des dynamiques et des politiques foncières

 

Quelles "unités foncières" ?

On considère souvent, dans les études sur le développement, le ménage comme une unité d’analyse pertinente en tant que centre de détention de droits sur les ressources et centre de décision relativement à l’allocation de ces ressources. Même si le principe de la diversité des niveaux de décision et des fonctions-objectifs commence à être intégré dans les modèles théoriques, le ménage demeure dans la plupart des travaux comme unité faisant sens au regard de l’accès aux facteurs, à leur mise en œuvre et à la gestion des ressources générées. L’hypothèse formulée ici est, d’une part, que le ménage n’est pas toujours à cet égard une unité opératoire et, d’autre part, qu’il est illusoire de considérer une unité foncière. Il semble plus pertinent de rechercher des unités foncières, renvoyant à la maîtrise des différents éléments du faisceau de droits sur la terre.

Les dimensions intra-familiales et intergénérationnelles et l’usage productif de la ressource foncière

La prise en compte de l’hétérogénéité interne au groupe familial est indispensable à l’analyse des relations entre le contenu des droits (souvent présenté de façon indifférenciée) et l’usage productif de la ressource.

Le jeu des dimensions intra-familiales et intergénérationnelles des droits fonciers dans l’appropriation locale des politiques publiques et des projets de développement

Prendre en compte les lignes de clivage intra-familiales et intergénérationnelles permet d’éclairer l’impact de l’intervention publique, par exemple dans le cadre des politiques de privatisation et de titrage foncier.

Les dimensions intra-familiales et intergénérationnelles dans le rapport aux marchés fonciers

Dans quelle mesure, selon les contextes locaux, le jeu du marché (achat/vente ou faire-valoir indirect) est-il conditionné par les rapports intra-familiaux et intergénérationnels (en particulier relativement à la formation de l'offre) ? A l’inverse, quelle est l’incidence du développement des marchés fonciers sur le jeu foncier intra-familial ?

Tensions intra-familiales et conflits extra-familiaux

Les dissensions intra-familiales sont abordées comme un facteur potentiel d'insécurité des droits. La prise en compte de la dimension intra-familiale peut apporter un éclairage original et fécond sur la question des conflits fonciers, non seulement au sein des familles, mais aussi dans leurs expressions extra-familiales. On évoque ainsi dans certains environnements les conflits qui opposent les autochtones aux communautés allogènes. L’hypothèse à explorer est que les conflits qui opposent autochtones et migrants peuvent trouver leurs sources dans les tensions foncières intra-familiales propres à la société autochtone.

 

 

 

 

 

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