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Projet Scientifique    

Mots-clé

Environnement, Ressources (naturelles, eau, sol), Gouvernance, Politiques publiques, Acteurs-Institutions-Action collective, Territoires ruraux, Pratiques locales, conflits, Pauvreté/Exclusion, Changements agraires


Contexte

Dans les pays des Suds, la tension croissante sur l’accès aux ressources et sur leur usage, la dynamique de ces ressources et les impacts de leur utilisation, sont à l’origine de crises et conflits multiformes qui constituent, à travers leurs effets sur les phénomènes de pauvreté, d’exclusion et de marginalisation, des questions centrales de développement et de la recherche sur/pour le développement.
Ces dynamiques, ces crises et ces conflits revêtent une double dimension : environnementale (déforestation, désertification, érosion de la biodiversité, changement climatique, naturalisation des OGM, raréfaction ou pollution de l’eau, etc…) et de gouvernance (défaillance des états, crise des systèmes « coutumiers », fragilisation du lien social, etc.). La mise en avant du développement durable comme nouveau référentiel d’action, aussi bien localement que globalement, exprime la convergence de ces deux dimensions.
Du point de vue de l’action publique, les dimensions environnementales et de gouvernance du développement entraînent d’importantes évolutions dans les objectifs, les formes et les modalités des politiques et des pratiques. Ces évolutions obligent à repenser et à redéfinir les relations entre le champ social au sens large (social, économique, politique, institutionnel) et le champ biotechnique (modes et techniques d’exploitation, d’usage, ou de production des ressources). Face à ces nouveaux enjeux, la recherche sur l’environnement et le développement est ainsi amenée à se renouveler, en intégrant à la fois un dialogue renforcé entre sciences biologiques, techniques et sociales, et une prise en compte des relations entre différentes échelles d’action et de régulation, du local à l’international, car le défi qui se pose sur les questions de gestion des ressources vivantes, de l’eau, du sol est aussi bien territorialisé que planétaire.

Objectifs

En prenant comme entrées privilégiées les notions d’innovations socio-environnementales et de gouvernance de l’accès aux ressources, cette unité de recherche fusionnée se donne pour champ général d’investigation les relations des sociétés à la « nature » et les relations entre les membres de ces sociétés, dans leur rapport à la « nature ». Dans ce domaine, qu vu des mutations contemporaines, un nouveau cadre explicatif est à inventer. Nous cherchons dans ce champ à apporter une contribution spécifique, sur les questions d’environnement et de gestion des ressources naturelles, de l’eau et du sol, à l'analyse de l’articulation entre politiques publiques et pratiques locales, dans le contexte contemporain de désengagement de l’intervention publique, de décentralisation et de prise en compte des savoirs locaux.
Par innovations socio-environnementales, nous entendons les dispositifs qui se mettent en place, aussi bien localement qu’à l’échelle mondiale, dans le cadre de réponses aux questions environnementales, pour faire face à ces questions majeures que sont l’accès aux ressources, leur utilisation, la répartition des bénéfices engendrés par cette utilisation, ainsi que la gestion des conséquences « imprévues » ou « indésirables » de cette utilisation, et qui se situent à l’interface des champs biotechnique, politique, institutionnel, géographique, économique et social. Le point de vue adopté ici est que ces questions environnementales débordent du simple cadre de la conservation de la nature auquel on les a longtemps circonscrites, mais rejoignent les questions liées à la lutte contre la pauvreté et les inégalités, ou à l’examen critique des modes de développement planétaire, les enjeux environnementaux occupant une place majeure dans ce contexte. Elles renvoient aussi aux confrontations entre les outils de politique publique, les stratégies privées, et les systèmes locaux de gouvernance.
Ces innovations socio-environnementales incluent, entre autres, les relations entre

  • Les changements dans les dispositifs bio-techniques de la gestion des ressources ou dans les systèmes de production et d’activité en zone rurale
  • Les innovations dans les mécanismes, les formes et les institutions de régulation
  • L’apparition de nouveaux acteurs ou de nouvelles fonctions sociales
  • Les nouvelles dynamiques sociales et la redéfinition des territoires ou des identité

Nous nous intéressons aussi bien à la mise en place de solutions locales qu’à celle de nouvelles politiques publiques ou d’un nouveau mode de régulation internationale, en portant une attention particulière à l’articulation entre ces niveaux. Nous considérons aussi bien les dispositifs formels et les projets encadrés que les arrangements informels et les initiatives endogènes, en prenant en compte les nouveaux enjeux sociaux et géopolitiques (en particulier dans les relations Nord-Sud) que ces évolutions recouvrent.

Nous définissons la gouvernance de l’accès aux ressources de manière non normative, comme un processus composé d'un ensemble d’interactions (conflits, négociations, alliances, compromis, évitements…) entre acteurs autour de l'accès aux ressources, de leur contrôle et de leur usage. La combinaison plus ou moins stabilisée de régulations qui émerge de ces interactions se cristallise en institutions (entendues comme les règles du jeu et les dispositifs formels ou informels) qui organisent le cadre de coordination des acteurs. Ce point de vue processuel de la gouvernance ne pose pas a priori les frontières entre état et société ou privé et public, et permet d'évaluer l'action de l'état et les politiques publiques sans en surévaluer les effets ni en minorer l'influence.


Démarche et organisation des recherches

Notre approche repose sur :

  • l'étude d’un certain nombre de dispositifs socio-environnementaux qui se revendiquent comme innovants et porteurs de solutions sur des problèmes environnementaux identifiés au niveau international comme cruciaux pour l’avenir de la planète : nouveaux modèles d’aires protégées et territoires de conservation, gestion de bassin, agri-environnement, dispositifs liés au changement climatique, valorisation locale de la biodiversité par la territorialisation, marchés de l’environnement (ressources génétiques, carbone, eau, droits à polluer, etc.). Cette étude inclut aussi bien la mise en place d’une gouvernance internationale sur ces problèmes que les initiatives privées et les mécanismes territorialisés pour la mise en œuvre de solutions. Elle analyse aussi les enjeux et les limites de ces dispositifs.
  • l'étude de dispositifs locaux de gouvernance des ressources naturelles, foncières, hydrauliques, etc… et de leur rapport aux politiques publiques sur l’environnement et le développement. L’accès aux ressources productives et aux ressources renouvelables, les dispositifs qui se mettent en place pour réguler leur usage demeure une question centrale du développement. La conception et la mise en œuvre de ces dispositifs d’accès et d’usage, qui font intervenir localement à la fois l’application de politiques publiques édictées au niveau national et des systèmes locaux (coutumiers ou non) sont inégalement appropriables par les différents acteurs et groupes d’acteurs concernés. Nous nous intéressons ici aux relations entre, d’une part, les rapports des hommes entre eux à propos des ressources dans la perspective d’une gestion durable de ces ressources (le “ gouvernement de la nature et de ses ressources ”) et, d’autre part, l’appartenance des hommes à des entités socio-politiques (polities) qui possèdent leur propre logique de reproduction politique, sociale et identitaire (le “ gouvernement des hommes ”).

La démarche adoptée prend en compte l’emboîtement des échelles de temps et d’espaces et les nouvelles territorialités. Elle est résolument pluridisciplinaire. Les approches mobilisées par les disciplines impliquées relèvent de l’ethnoscience, de l’écologie politique, de l'économie, de l'anthropologie, de la géographie, de l’agronomie des pratiques, et de l’écologie du paysage.

Le positionnement thématique adopté par cette nouvelle UR, les questions théoriques et les situations concrètes auxquelles nous nous intéressons, définissent un champ d'étude composite dont la compréhension exige de dépasser une définition « ruraliste » restrictive des contextes sociaux que nous analysons. La ruralité s'est transformée, à l'échelle des « arènes » tant locales que nationales et internationales et ne permet plus une définition fondée sur une opposition à « l’urbain ». Les enjeux socio-environnementaux « ruraux » et les dynamiques qui leur sont associées ont ainsi évolué sous l’intervention de porteurs d'intérêts qui ne sont pas, ou plus, ou pas seulement des agriculteurs ou des communautés attachés à la terre : migrants, ressortissants citadins des communautés rurales, agences et banques de développement, agents locaux des administrations et des projets publics, ONG, politiciens locaux et nationaux, associations diverses, firmes agro-industrielles, etc.

Les recherches de l'UR sont organisées dans le cadre d'équipes qui s'inscrivent dans la continuité des activités des UR 168 et 095, telles qu'elles avaient été validées par la commission d'évaluation des projets d'UR pour le quadriennal 2005-2008 :

  • Politiques de l’environnement
  • Gestion sociale de la nature
  • Dynamiques  agraires et environnementales
  • Gestion sociale de l’eau
  • Régulations foncières

 

 

 

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